Pathologie - Toxicologie
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Toxicocinétique - Métabolisme [10]
Que cela soit par voie orale ou cutanée, la 1,2-benzisothiazol-3(2H)-one est presque entièrement et rapidement absorbée puis excrétée dans les urines sous forme de métabolites ; aucune accumulation dans les tissus n’est retrouvée.
Chez l'animal
Absorption
Des rats ont été exposés par voies orale (gavage, dose unique de 5-10 et 50 mg/kg pc ou administration répétée de 10 mg/kg pc/j pendant 7 jours), cutanée (rats femelles, application d’une lotion contenant 30 mg de 1,2-benzisothiazol-3(2H)-one pendant 4 heures) et inhalatoire (aérosol, 2-4-8 et 16 mg/kg pc respectivement pendant 30-60-120 et 240 minutes, exposition uniquement par le nez).
Par voie orale, la substance est rapidement absorbée et détectée dans le sang, que l’administration soit unique ou répétée : la concentration sanguine est maximale entre 3 et 30 minutes après l’exposition.
Suite à son application sur la peau pendant 4 heures, environ 10 % de la dose appliquée est absorbée. L’application de 10 mg/kg pc de cette substance sur la peau de rat conduit à une absorption cutanée de l’ordre de 42 % en 72 heures, avec environ 48 % restant présent dans la peau [11].
Par inhalation, très peu d’informations sont disponibles ; de faibles concentrations de 1,2-benzisothiazol-3(2H)-one sont rapidement détectées dans le plasma (entre 6 et 30 ng/ml chez les animaux exposés de 2 à 16 mg/kg pc).
Distribution
Suite à l’exposition par voie orale, les concentrations en 1,2-benzisothiazol-3(2H)-one les plus importantes sont mesurées dans la rate, le foie et les reins. Quarante-huit heures après une exposition orale ou cutanée, moins de 0,05 % de la radioactivité initiale est mesurée dans les tissus.
Métabolisme
Chez le rat et le chien, la métabolisation de la 1,2-benzisothiazol-3(2H)-one est rapide et complète : 24 heures après l’exposition, elle n’est plus détectée dans leurs urines. Le principal métabolite identifié est le o-méthylsulfinylbenzamide (66 à 81 % de la radioactivité totale), suivi du o-méthylsulfonylbenzamide (9 à 19 %) et d’un métabolite non identifié (7 à 25 %) [11].
Excrétion
Quelle que soit la voie d’exposition, l’élimination est majoritairement urinaire. Les demi-vies d’élimination sont de 47 minutes, 54 minutes et 226 minutes, chez les animaux exposés oralement respectivement à 5, 10 et 50 mg/kg pc.
Chez l'Homme
L’absorption percutanée, déterminée in vitro sur des échantillons de peau humaine dermatomée, est d’environ 26 % en 24 heures [12].
Aucune autre donnée n’est disponible chez l’Homme à la date de publication de cette fiche (2025).
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Mode d'actions
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Toxicité expérimentale
Toxicité aiguë [13]
La 1,2-benzisothiazol-3(2H)-one est faiblement toxique chez le rongeur. Au niveau cutané, elle induit une irritation modérée et une sensibilisation ; c’est un irritant oculaire sévère.
La 1,2-benzisothiazol-3(2H)-one a été peu étudiée chez l'animal. Sa toxicité par voie orale est faible ; la DL50 est de 1020 mg/kg pc chez le rat et 1150 mg/kg pc chez la souris.
Sa toxicité cutanée est aussi faible, avec une DL50 supérieure à 4115 mg/kg pc chez le rat.
Aucune étude sur la toxicité par inhalation n'est disponible.
Irritation, sensibilisation [13]
C'est un irritant cutané modéré et oculaire sévère ; son potentiel irritant pourrait être lié au caractère basique des préparations testées la renfermant (pH voisin de 12).
Elle est considérée comme sensibilisant faible dans le test de maximisation chez le cobaye (induction 5 %, déclenchement 1 %) et dans le test LLNA (Local Lymph Node Assay) chez la souris. Dans ce dernier test, la dose la plus faible qui augmente d'un facteur 3 la prolifération des lymphocytes ganglionnaires (EC3) est de 10 % dans le diméthylformamide ou 10,4 % dans l'eau [14 à 16].
Toxicité subchronique, chronique [13]
La 1,2-benzisothiazol-3(2H)-one est à l’origine de lésions de l’estomac (partie non glandulaire) en lien avec ses propriétés irritantes.
L’exposition de rats pendant 90 jours (gavage, 8-25 ou 63 mg/kg pc/j) entraine une augmentation de l’incidence des lésions de la partie non glandulaire de l’estomac (hyperkératose, hyperplasie de l’épithélium, ulcération, kystes). Ces lésions histopathologiques apparaissent à partir de 25 mg/kg pc/j chez les mâles et les femelles, et sont réversibles. A la plus forte dose, les animaux salivent et présentent une perte de gain de poids (uniquement chez les mâles).
Aucune donnée n’est disponible par voie cutanée ou par inhalation.
Effets génotoxiques [2, 12]
D’après les données disponibles, la 1,2-benzisothiazol-3(2H)-one n'est pas génotoxique.
In vitro
La 1,2-benzisothiazol-3(2H)-one est utilisée comme biocide. Des résultats négatifs sont obtenus avec et sans activation dans un test d'Ames sur S. typhimurium TA 98, TA100, TA1535, TA1537 et dans un test de mutation génique sur cellules ovariennes de hamster chinois.
Lors des tests d’aberration chromosomique réalisés sur cellules de mammifères (cellules ovariennes de hamster chinois et lymphocytes humains), des résultats positifs sont rapportés avec et sans activation métabolique.
In vivo
Aucune augmentation du nombre de micronoyaux n’est détectée dans les érythrocytes de souris exposées jusqu’à 1200 mg/kg pc (1 dose, gavage).
Effets cancérogènes
Aucune donnée n’est disponible concernant les effets cancérogènes de la 1,2-benzisothiazol-3(2H)-one à la date de publication de cette fiche (2025).
Effets sur la reproduction [2, 13]
Les effets sur la reproduction de la 1,2-benzisothiazol-3(2H)-one semblent se limiter à une légère baisse du taux de survie et du gain de poids des nouveau-nés de la génération F2.
Fertilité
Très peu de données sont disponibles pour cette substance. Seule une étude sur deux générations a été réalisée chez le rat : les animaux ont tous reçu 24-50 ou 100 mg/kg pc/j de 1,2-benzisothiazol-3(2H)-one mélangée à la nourriture. L’exposition de la génération des parents (P) a débuté 10 semaines avant l’accouplement, puis s’est poursuivie pendant l’accouplement et jusqu’au terme des gestations ; les animaux de la génération F1 ont été exposés de leur naissance jusqu’au sevrage de la génération F2. Les animaux de la génération P ne présentent aucun effet lié au traitement que cela soit au niveau de leur poids, de la biochimie clinique ou des paramètres de fertilité. Seule une diminution du poids moyen des testicules est détectée à la plus forte dose mais sans conséquence.
Développement
Dans cette même étude, le taux de survie et le gain de poids moyen des nouveau-nés issus de la génération F1 (génération F2) sont légèrement diminués à la plus forte dose testée. Les animaux de la génération F1 exposés à 50 et 100 mg/kg pc/j présentent une hyperplasie un niveau de l’estomac, plus fréquente chez les femelles recevant 100 mg/kg pc/j, et associée à une gastrite du pré-estomac, une hyperkératose et des ulcères.
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Toxicité sur l’Homme
L’exposition cutanée est responsable d’effets irritant et sensibilisant. Plusieurs cas d’eczémas de contact allergiques ont été rapportés suite à des expositions professionnelles. Il n’existe pas de données chez l’homme concernant les effets cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction.
Toxicité aiguë [17]
La toxicité aiguë chez l’Homme est en lien avec une exposition cutanée.
Chez un salarié, la projection cutanée de 1,2-benzisothiazol-3(2H)-one lors du transvasement dans un réservoir de dilution a entrainé une irritation cutanée sur les bras et les jambes.
Des tests réalisés chez des volontaires sains ont montré une irritation cutanée dès 500 ppm avec augmentation de la sévérité des lésions et de l’incidence des cas lors de l’augmentation de la concentration.
Toxicité chronique
Des effets irritants sont rapportés lors d'exposition cutanée à des préparations contenant de la 1,2-benzisothiazol-3(2H)-one [10].
La 1,2-benzisothiazol-3(2H)-one a des propriétés sensibilisantes par contact cutané bien documentées. Le nombre de cas de sensibilisation cutanée est en constante augmentation en lien avec l’utilisation plus fréquente de la 1,2-benzisothiazol-3(2H)-one notamment dans les produits ménagers et les peintures [18].
Des dermites de contact à type d'eczéma sont décrits dans des secteurs professionnels variés : métallurgie (contact avec des huiles de coupe) [19], fabrication de peintures polyacryliques [20], fabrication de parfums [21] ou d'adoucisseurs d'eau [22], imprimerie [23, 24], employés de laboratoires d'analyse de l'industrie chimique. L'ensemble de ces eczémas a été confirmé par des patch tests réalisés avec la 1,2-benzisothiazol-3(2H)-one (dilution à moins de 0,1 % dans la vaseline).
Des pulpites des doigts [13] et des dermatoses aéroportées sont également décrites [25].
Un cas de rhinite et d'asthme professionnels a été rapporté chez un salarié d'une fabrique de détergents occupé à charger des réacteurs avec diverses substances dont la 1,2-benzisothiazol-3(2H)-one ; les symptômes sont apparus deux mois après le début de l'exposition. Une réponse bronchique immédiate et prolongée est observée lors du test de provocation bronchique réaliste avec la 1,2- benzisothiazol-3(2H)-one, tandis qu'avec les autres composants des détergents, le test était strictement négatif [11]. -
Interférences métaboliques
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Cohérence des réponses biologiques chez l'homme et l'animal